Mon goût pour l’esthétique et mon parcours professionnel m’ont poussé à me pencher sur les racines des canons de la beauté et sur le regard propre de l’individu comme sur celui de la société. Ainsi tout naturellement, sous la pression de ma formation « scientifique » positiviste objectivante, j’ai tenté d’analyser les diverses dimensions et processus impliqués dans la reconnaissance de ce que l’on dénomme habituellement comme le beau, le gracieux, l’esthétique, l’harmonie ainsi que leurs opposés le laid, le disgracieux, le quelconque, l’inesthétique, la dysharmonie.

 

Je reconnais qu’il puisse exister une réelle esthétique du laid plus ou moins théorisée (Rosenkranz, Lalo, Ribon) dont les ressorts psychosociaux sont si particuliers qu’ils ne peuvent pas vraiment convenir à la majorité des individus tout comme on pourrait parler d’une esthétique de la mort (Guiomar). L’existence de ces esthétiques si particulières en arts plastiques (Bosch, Munch, Bellmer, Shiele, Bacon, Trémorin) sert probablement, en dehors de toute tendance perverse, à rendre compte d’un besoin d’une représentation totalisante, apaisante, amorale, naturaliste bouddhiste du monde dans laquelle les critères de jugement telles les notions de bien, de mal, de beau, de laid sont complètement abolies.

 

Le philosophe anglais David Hume n’avait-t-il pas déclaré à ce propos : « La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l’esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente. Une personne peut même percevoir de la difformité là où une autre perçoit de la beauté. Et tout individu devrait être d’accord avec son propre sentiment, sans prétendre régler ceux des autres. » 

 

Ne dit-on pas que les yeux de l’amour rendent beaux en aveuglant ou a contrario ne constatons-nous pas qu’une beauté trop parfaite a l’étrange pouvoir de nous glacer par son caractère bien trop inhumain ?

 

 

Références: David Hiume "Essai esthétique" Ed.Flammarion.

 

27- L'esthétique du laid