Jeunes, Beaux, Dynamiques et Stressés (JBDS) tels sont nos nouveaux yuppies français clonés à partir d’un même moule importé directement des Etats-Unis qui se prêtent aussi aveuglément que nos cousins d’Amérique aux charmes retrouvés d’un néo-libéralisme économique au nom de la compétitivité et de la "réussite". Les JBD (avant de devenir des JBDS) se livrent ainsi corps et âme dans cette nouvelle aventure des temps modernes. Tels des chevaliers ils sont manifestement poussés par la fascination d’une nouvelle terre promise faite d’un monde d’abondance et d’accomplissement personnel à travers la promesse d’un enrichissement matériel rapide gage d’une reconnaissance sociale que les mass média ne cessent de promouvoir.

 

De nos jours en France, comme dans tous les pays industrialisés, il n’y aurait en réalité aucune difficulté à fabriquer sur une chaîne robotisée 200 millions de réfrigérateurs. Le seul vrai problème serait de pouvoir les vendre. Aux esquimaux par exemple ? Mais comment les convaincre ? C’est une des questions tout à fait sérieuse qu’ un "psy" d’une boîte de "chercheurs de têtes" a pu sortir de sa besace afin de tester les limites de la motivation de ses candidats managers. De fait, sur un marché économiquement saturé par les stocks d’invendus, la déprime de certains managers et cadres technico-commerciaux prend littéralement l’allure d’une véritable épidémie plus ou moins masquée par les dopages licites (médicaments, psychothérapie, tabac, café, alcool, sport, vidéo) ou illicites (drogues, troubles des conduites) . S’il est mathématiquement vrai qu’on ne peut plus écouler aussi facilement téléviseurs et réfrigérateurs comme dans les bons vieux premiers temps du boum industriel, il est malheureusement encore facile de le faire croire à des employés "citrons à presser" aveuglés par le mirage annoncé d’une réussite accélérée à coups de primes aux résultats (truqués) ou de promotion dans l’organigramme (pipé). Qui dit crise dit aussi "cellule d’urgence" propre à analyser le problème à traiter. Voici le résultat de l’autopsie : nos jeunes cadres savent vendre mais ne sont plus vraiment motivés. Il faut donc logiquement les remotiver !

 

Voici trois exemples (tout à fait authentiques) de programmes retonifiants de "team building" organisés par des "gourous" plus ou moins "psy" pour l’ensemble du personnel d’une entreprise en perte de vitesse :

 

  • Annoncez que vous organisez un week-end revivifiant dans un château à la campagne. Le week-end débutera par le braquage du minibus par un (pseudo) commando terroriste séquestrant tout le monde dans les caves (sans vins) dudit château. Expérience haute en couleur et très certainement émotionnellement enrichissante voire révélatrice de l’esprit de solidarité et de combativité.

 

  • Proposez une course type parcours de santé sous forme d’un triathlon ponctué par la réanimation ou la mort d’un ou deux collègues de travail. Rien de tel pour souder un groupe, donner un esprit de corps autour d’un camarade agonisant ou d’un cadavre.

 

  • En tant que chef d’entreprise demandez à vos cadres s’ils ne veulent pas essayer de se jeter dans le vide du haut d’un pont attachés à un élastique, en stipulant que "Chantal, pourtant pas très costaude, s’est inscrite enthousiaste ".

 

Peut-on décemment refuser de pareilles expériences hors du commun, de plus tout frais payés, sans paraître rabat-joie, trouillard voire peu motivé par l’esprit d’entreprise ou d’équipe? Bien sûr que non !  Vaut-il mieux risquer sa place ou sa vie? Le choix est généralement vite fait. Choisir entre un infarctus, une rupture rarissime d’un élastique ou une vie de raté plus que probable, le choix n’est vraiment pas très cornélien.Cependant d’un point de vue psychologique, on peut craindre que l’offre du saut par et pour l’entreprise puisse s’apparenter symboliquement à une sorte d’incitation au "suicide librement consenti" et que, sous l’angle comportemental, on puisse y voir un conditionnement du sujet "consentant" pour briser son individualité au nom d’un idéal collectif.Il n’est pas rare de rencontrer l’ex-JBDS devenu vers quarante ans TVTTFD (Trop Vieux, Trop Terne, Fatigué et Déprimé) faisant devant un autre "psy" le bilan d’une vie gâchée à vitesse supersonique qui a manifestement laissé derrière elle la fumée blanche et acre d’une vie de famille inexistante ou en peau de chagrin, une mise à pied invoquée par "trop de compétence sur une image trop vieille" et un niveau d’endettement frisant le crack boursier.

 

C’est peut-être à ce moment qu’un vrai coach et non un nouveau gourou doit entrer en scène pour redonner vie et sens à ces victimes civiles de la guerre économique. Le plus sage aurait été bien sûr de faire de la prévention primaire en pilotant intelligemment le cadre dans sa carrière tout en tenant compte de ses besoins de développement personnel.

 

 

 

8- Les nouveaux hommes : les JBDS