Du constat de l’existence de divers types de personnalité, pondérés par des degrés d’intelligence, découle une stratification particulière des organisations sociales des communautés humaines selon une répartition pyramidale à la tête de laquelle se trouve la classe dirigeante et l'élite intellectuelle à son service. Ainsi schématiquement, on peut affirmer sans trop déformer la réalité du terrain que toute société se divise en trois strates:

 

- la masse (ou majorité des électeurs) composée d'esclaves en survie dociles, résignés ou endormis ou simplement râleurs, d'indigents subventionnés, d'incultes, de pauvres, de névrosés, pervers, psychotiques dépressifs, anxieux, loosers ou débiles ainsi que de psychopathes destructeurs.

- la classe moyenne docile (vrais travailleurs pourvoyeurs de richesses et d'impôts) composée majoritairement de névrosés nourris à l'illusion de la méritocratie ;

- les classes dirigeantes et l'élite intellectuelle officielle (ou minorité des décideurs) composées principalement de pervers et de psychotiques très intelligents, adaptés, excellents comédiens sans foi ni loi que l'on est en droit de qualifier de délinquants potentiels en col blanc. Belzébuth n'était-il pas décrit comme capable de se présenter sous les traits rassurants d'un ange, d'un saint, d'un sage, d'un(e) ami(e) ou d'un(e) amant(de) voire de Dieu en personne. Mais ne dit-on pas aussi que chez les hommes cohabitent tout à la fois l'ange et le démon? En vérité il est trop difficile de connaître vraiment un homme ou une femme seuls ses actes…

 

Dès lors, lorsqu'on a saisi et admis cette répartition statistique, qualitative et quantitative de la structuration mentale de l'humanité, on peut mieux comprendre pourquoi, malgré l'existence d'hommes et de femmes sages et savants depuis des siècles, le monde n'a pas en réalité changé d'un iota, qu'il nous présente toujours ses mêmes facettes écœurantes du mensonge, de la torture, de la violence, de l'incivilité, de l'égocentrisme, etc. (L’expérience, Apocalypse now, Patton, Rambo I, New-York 1997, Orange Mécanique, Easy Rider, Midnight Express...)

 

Mais pourquoi ce sont toujours principalement ces mêmes types de personnalités perverses et psychotiques qui détiennent les rênes des rouages des pouvoirs politiques, économiques et intellectuels? Tout simplement parce ce qu'il faut pour gravir les échelons de la société avoir suffisamment d'ambition, d'agressivité, de persévérance, de folie et manquer foncièrement de savoir-vivre, de moralité , d’affects et d'humanité pour écarter, éliminer ou manipuler les gêneurs. Ethologiquement, on peut concevoir que chaque structure psychologique apporte aux autres une dimension qui leur manque et participe de ce fait au maintien de la vie de manière générale. Nous nous rendons tous service car le psychotique est suffisamment délirant pour entreprendre des projets insensés ou survivre dans des conditions intenables, le pervers suffisamment habile pour contourner les règles et les lois et montrer par là même les failles à combler, le borderline suffisamment plastique pour s’adapter à un environnement changeant, instable émotionnellement et enfin le névrosé suffisamment humain pour tenter de protéger la vie, les progrès fondamentaux de l’humanité et de la civilisation (Brunner). Et quand tous se frottent les uns aux autres au lieu de s’éviter, on peut espérer une meilleure organisation sociale dans le respect des libertés individuelles tolérant quelques déviances majeures inéluctables contre lesquelles il faut sans cesse lutter (perversion, psychose, psychopathie). Il existerait par ailleurs une cinquième structure, qu’Albert Camus dénommait « solitaires de l’esprit », humbles et lucides croisés modernes chargés de combattre les nouveaux démons que sont l’absurde et la barbarie. Ce sont les sentinelles de l’humanité, observateurs et combattants de l’ombre qui ne ferment jamais l’œil ni ne se taisent pour sans cesse éveiller les consciences obscurcies des âmes en voie de perdition.

 

A cet égard le magnifique film Hero de Zhang Yimou (2003) nous dépeint cette division psychologique et hiérarchique de la société en mettant en scène une légende tragique laissant entrevoir la possibilité de transformation profonde d'un dictateur aveugle et sanguinaire en dirigeant éclairé agissant pour le bien de son peuple après avoir compris les cris d’alarme de son peuple souffrant lancé par des « agitateurs » politiques tout en conservant une position ferme et déterminée de chef d’Etat. Utopie ou réalité? C'est probablement une utopie avec nos dirigeants actuels compromis jusqu'au cou dans leur soif de pouvoir et de narcissisme. Mais on peut espérer sa réalité un jour, s'il émerge une autre espèce d'hommes et de femmes qui n'est pas des plus courantes, capable d'utiliser les mêmes armes d'accès au pouvoir que nos manipulateurs politiques actuels sans jamais perdre leur humanité tel en son temps l'empereur Marc-Aurèle qui a su dans ses Pensées pour moi-même et sa gouvernance nous convaincre de la possibilité d’un tel exploit.

23- Darwinisme social